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Prolégomènes à un jeu sur le libre accès

Depuis que Marc Larivière, Vincent Larivière et moi avons travaillé sur une collection de Microfiches sur le Libre Accès, nous avons décidé de poursuivre la collaboration en développant un jeu vidéo récupérant le magnigique concept graphique.

Dans ce billet, j’ai recours au féminin ou au masculin un peu aléatoirement. Nous ne savons pas encore comment nous allons genrer les personnages. Étant donné que la population universitaire est plus féminine que masculine, et bien, je fais place aux dames.

L’idée consiste à offrir une oeuvre numérique que les bibliothèques universitaires et de Cégep (collège pré-universitaire au Québec) peuvent diffuser sur les écrans tactiles déployés en leurs lieux. Nous désirons bâtir un jeux plurilingue (français, anglais, allemand… et plus!) qui traite d’une manière ludique d’un sujet complexe mais très important pour l’avenir de la science.

D’ailleurs, nous sommes à la recherche de financement et sommes à établir des solutions de visibilité à des organimes sympatisants à notre travail. Je suis chercheur et fonctionnaire, mon salaire est assuré par la bienveillante Université Concordia. Par contre, mon associé, Marc Larivière, jeune papa de son état, ne bénéficie pas d’un tel support…

Après plusieurs réunions très stimulantes, Marc et moi avons développé un concept de jeu. Une partie devrait durer 10 à 15 minutes, l’idée est qu’une utilisatrice passant dans une bibliothèque interagit avec un écran tactile pour se changer les idées…

Le personnage principal du jeu, l’avatar de la joueuse, est une doctorante ayant complété son examen de synthèse.

Le jeu se déroule en trois phases.

La première phase du jeu consiste en « l’écriture » et devrait durer de 2 à 4 minutes. Nous anticipons une style de jeu comme « Tetris » (jeu compulsif) où la joueuse est appelée à augmenter son « nombre de mots (l’infâme word count qui hante tous les thésards). Étant donné la charte graphique des microfiches, nous jouons sur l’analogie de la molécule pour représenter l’action d’écrire ou pour l’accumulation de données dans le cadre de ses recherches (donc, fonctionnellement, de créer du savoir nouveau par l’analogie d’une nouvelle molécule).

Une fois assez de mots/données (ou molécules) accumulés, la thésarde (T) est appelée au bureau de sa directrice de recherche (DR). Débute ainsi la seconde phase, celle de la conversation. Nous ne sommes pas encore entièrement certains de comment la conversation avec la DR se déroulera, mais la tentation est forte de voir la DR imposer à T une suite pour diffuser ses recherches. Spécifiquement, la DR imposerait à T de proposer un article à une revue prestigieuse (en accès fermé) avec celle-ci (la DR) comme première auteure.

Suite à cette séquence (qui devient un peu la mission de la joueuse), la seconde phase dure de 8 à 12 minutes. T est appelée à se promener dans un labyrinthe (en réalité, les corridors universitaires) et de parler à d’autres chercheur.e.s ou épier des conversations. Elle pourra aussi effectuer des recherches sur un moteur de recherche pour découvrir des informations sur les personnes ou les objets de son environnement.

L’objectif de cette phase est d’accumuler des objets-connaissance en lien avec sa situation. Nous avons en tête le style de jeu de Zelda lorsque Link se promène dans un village – sauf en plus dynamique (certaines versions de Zelda sont assez fastidieuses dans les séquences de d’exploration de village).

Un des point de cette étape consiste en la découverte des personnages de l’université. Tous sont chercheurs, certes, mais tous n’ont pas le même statut. Les professeurs, par exemple, peuvent être adjoints (en probation qui dure 5 ans, dont timides et serviables pour les profs plus séniors), agrégés (permanents mais encore « juste » des profs) et titulaires (reconnus comme experts par leurs pairs). Nous ne croyons pas avoir recours aux profs émérites (à la retraite). Il y a aussi les post-doctorants (un contrat de 1 à 3 ans où un chercheur est appelé à bâtir son programme de recherche et de développer ses talents d’enseignement en vue de l’obtention d’un poste de prof régulier). Les post-docs jouissent d’une autonomie relative assujettie à une grande précarité. Viennent ensuite les bibliothécaires (comme moi) et les agents de recherche (on risque de les couper ceux-là, ça fait beaucoup de personnages). Outre ces rôles liés à la structure départementale (bureaucratique) universitaire, il y a des rôles fonctionnels liés à la discipline (ou champ de la connaissance). Ainsi, tous les chercheurs peuvent être membre du comité scientiique d’une revue dans un domaine/discipline donné (mais ce rôle est plus probable aux profs ayant un statut plus ancien). Il faudra réfléchir à la distinction/dynamique entre le statut départemental (bureaucratique) et le statut dans une discipline donnée…

Les personnages ont donc un statut à l’université en fonction de leur poste. Nous allons jouer sur les stéréotypes de genre de d’âge pour brouiller les cartes (tiens, est-ce que cet homme d’âge mûr au teint de peau blanc est réellement un prof titulaire ou un bibliothécaire?) et ajouter un élément d’incertitude. C’est que, dans la phase conversation, la joueuse obtiendra des informations contradictoires grâce à ces interactions avec les autres personnages. Par exemple, certainnes pourrait lui dire de ne pas publier dans cette revue… ou de se méfier d’un tel… ou qu’il est plus aviser de proposer une communication à un congrès avant de publier… ou de ne pas mettre le nom du DR sur son article… qui croire? quoi faire?

Quant à la discipline (ou domaine ou champ de la connaissance), c’est plus délicat. Souvent, les chercheurs effectuent leurs travaux au sein de sociétés savantes et nourissent leur discipline de leurs travaux. Il y a plusieurs rôles ou fonctions au sein de sociétés savantes mais le plus important est celui où un chercheur est appelé à évaluer le travail des autres : évaluateur d’un comité scientidique d’une revue; évaluateur des communications à un congrés, etc. On va s’amuser à développer une fausse discipline !

Une autre option à la phase « conversation » consiste à chercher via des outils numériques des informations à propos autres personnages (une telle est sur le comité scientifique de cette revue) ou des objets (quelle est la politique en accès libre de cette revue). Nous pensons à établir de fausses revues et à créer des notices SHERPA/RoMÉO. Nous pensons à créer un faur réseau social pour lister les personnages du jeu.

Finalement, nous arrivons à la troisième et dernière phase, celle de la publication. La joueuse doit effectuer un choix pour la diffusion de sa molécure-texte: quelle avenue choisir; qui lister comme auteur; quoi faire avec la version pré ou post éditée… Il s’agit du moment où la décision est prise et où la partie se termine. Ou pas…

En réalité, il y a une logique de rétroaction basée sur les données générées par une partie du jeu. Nous pensons identifier certaines mesures intrinsèques à la partie et à la joueuse. Par exemple, il sera possible d’accumuler des « mots » (molécule), de l’argent (revenu de contrats de recherche), de l’impact social et des « points citations académique » (réputation, impact académique qui se distingue de l’impact social). Tous les personnages vont avoir un discours (ou message) en lien avec ces mesures. Par exemple, la bibliothécaire portera le message de publier en libre accès, ce qui aura un impact positif sur l’impact social mais pas nécessairement sur les autres éléments de mesure. Les valeurs par défaut de toutes les mesures seront établies lors de la conversation entre T et sa DR.

Une autre idée consiste à proposer à la joueuse d’effectuer une seconde partie. Par exemple, sont texte envoyé à une revue prestigieuse est rejeté et celle-ci doit entamer une nouvelle phase d’écriture (phase 1). La rencontre avec sa DR sera modulée en fonction de son/ses choix précédent(s).

Il serait aussi possible d’accumuler des statistiques (par exemple, via le standard de données COUNTER lié à l’utilisation de ressource électroniques en bibliothèques) sur toutes les parties pour comparer les choix entre les joueuses et, éventuellement, même comparer les institutions! Mais là, ça va nous prendre tout un budget….

In fine, je vous propose nos brouillons établis lors de la réunion hebdomadaire de la semaine dernière:

1. Séquence de jeu:

Sur cette première page (ici-bas), nous identifions les trois grandes phases du jeu et certains personnages. En jaune, à l’instar de la collection de microfiches sur le libre accès, se trouve l’avatar de la joueuse: la thésarde et personnage principal. En noir, divers personnages secondaires (du jeu), des profs titulaires (PT), profs adjoints (PA), des éditeurs de revues (Éd.) et d’autres doctorants (PD).

2. Personnages:

Dans la seconde image (ici-bas), nous explorons la typologie des personnages. Par ailleurs, j’ai tenté de représenter la distinction entre un département universitaire et un champ disciplinaire. Un des rôles de l’université consiste à structurer le travail des chercheurs en départements qui jouent un rôle fonctionnel très typé et lié à la bureaucratie universitaire, tout en permettant assez de latitude pour le développement de disciplines de la pensée (des profs de sociologie ou de cinéma peuvent effectuer de la recherche en ludologie par exemple). Finalement, Constatez vers le bas un plan cartésien à un quadrant, où j’explique le nombre total de doctorants qui « survivent » à un programme à travers le temps. Plusieurs débutent leur programme mais peu se rendent à la soutenance. Je situe le personnage principal du jeu entre l’examen de synthèse (là où le projet de thèse est accepté après la scholarité doctorale) et la soutenance (la fin réelle du programme de doctorat, où le comité de recherche, dont la directrice de recherche est membre, évalue le travail accompli avant que la thèse ne soit acceptée puis diffusée par l’université).

3. Messages des personnages et impacts sur les éléments métriques du jeu, liés à la phase « publication » (troisième) du jeu:

Cette troisième image présente les messages potentiels des personnages du jeu et leur impact (positif, négatif ou neutre) sur les éléments du jeu. Je liste les « objets » du jeu, il y aura probablement uniquement les « avenues de diffusion » pour simplifier les interactions…

Il faut maintenant mieux travailler ce tableau…

Appel de communication

Appel à communications – les écoles de pensées du droit – 11 au 13 octobre 2018 – Université Laval (Québec)

Le XVe Congrès international de l’ Association internat ionale de méthodologie juridique se déroulera du 11 au 13 octobre 2018 à Université Laval (Québec) sous le thème suivant:

LES ÉCOLES DE PENSÉE EN DROIT

Voici le texte de l’appel à communications : Écoles de pensée en droit – appel à communications – Legal Schools of Thought – call for presentations 2018

L’Association internationale de méthodologie juridique, les Journées d’étude sur la méthodologie et l’épistémologie juridiques et la Chaire de rédaction juridique Louis-PhilippePigeon lancent un appel à communications pour un congrès sur le thème des écoles de pensée en droit qui aura lieu du 11 au 13 octobre 2018 à la Faculté de droit de l’Université Laval à Québec (Canada).

PRÉSENTATION

La désignation « d’école » en droit permet de désigner – parfois a posteriori – des idées, des approches ou des méthodologies qui ont servi de point de repères à des regroupements de chercheurs-juristes. Que ce soit l’École de l’exégèse, l’École de Bruxelles, l’École de Vienne, l’École du réalisme, ou encore l’École de la Sociological jurisprudence, la discipline juridique a en effet connu plusieurs écoles de pensée qui ont jalonné son histoire et, à des degrés divers, influencé son évolution. Certaines de ces écoles sont associées à une branche du droit ou un système juridique en particulier alors que d’autres transcendent ces frontières. Compte tenu de leur diversité et de leur importance, le XVe congrès international de l’Association internationale de méthodologie juridique a pris pour objet d’étude les « écoles de pensée » en droit en vue d’en approfondir la compréhension et d’en dégager les multiples facettes qui, directement ou indirectement, se rapportent à la méthodologie juridique.

Sans prétention à l’exhaustivité, plusieurs axes de réflexion et de recherche seront ainsi privilégiés :

L’influence des écoles sur la pensée juridique. Comment les écoles de pensée participent-elles à la structuration de la pensée juridique? Quels impacts peuvent avoir les écoles sur la conception du droit au sein d’une communauté ou sur l’évolution des systèmes juridiques nationaux? Quel rôle jouent-elles dans la formation des juristes? Les lieux de formation des juristes étant leur creuset naturel, il est pertinent de s’interroger sur la capacité des écoles d’orienter la mise en œuvre ou la conception du droit à l’intérieur de leur milieu.

La désignation « d’école » et son caractère performatif. Qu’est-ce qu’une école de pensée en droit? La catégorie « école de pensée » s’appuie-t-elle sur de véritables critères? Provient-elle de ses membres ou est-elle une construction a posteriori qui sert à regrouper des convictions communes à un groupe de chercheurs? Quel impact l’appellation « d’école » peut-elle avoir sur la notoriété ou la diffusion des idées qu’elle sous-tend? Cette désignation participe-t-elle d’une stratégie de positionnement ou de rayonnement d’une manière de penser, d’enseigner ou de mettre en œuvre le droit? Les concepts et méthodes issus d’autres disciplines sont-ils davantage susceptibles d’être importés en droit lorsqu’ils sont associés à une école de pensée? Certaines écoles connaissent un rayonnement limité tandis que d’autres ont pu étendre leur portée à l’extérieur des frontières nationales; comment expliquer ces succès ou ces limites?

La dimension sociologique des écoles de pensées. Une autre voie de réflexion s’oriente vers l’action politique de certaines écoles de pensée en droit. Quels sont les projets portés par les différentes écoles juridiques? Les écoles sontelles fondées sur des individualités ou sont-elles le produit d’une action collective? Quelles sont les conditions favorables à la naissance d’une école de pensée?

Les écoles de pensée dans le temps et dans l’espace. Envisagée dans une perspective comparative, l’étude des écoles de pensée permettra d’en apprécier la diversité, et peut-être aussi d’en situer des traits communs. Peut-on établir des liens de parenté entre les écoles? Certaines écoles sont-elles jumelles, ou aux antipodes? Observe-t-on des fusions ou des scissions d’écoles?

DIRECTIVES POUR LES PROPOSITIONS DE COMMUNICATION

Les intervenants qui désirent participer au congrès doivent présenter leur proposition au plus tard le 15 mars 2018. Celle-ci doit comporter un titre bilingue, suivi d’un court résumé (entre 100 et 150 mots) rédigé en anglais ou en français et elle doit spécifier le nom et l’affiliation institutionnelle de son auteur.

Les propositions doivent être envoyées à l’adresse suivante : aimj-ialm2018 (arobase) usherbrooke.ca

Étant donné que les actes du congrès feront l’objet d’une publication, les intervenants au colloque seront éventuellement invités à déposer une version écrite de leur communication. Bien que les propositions de communication ne doivent pas nécessairement s’inscrire dans les différents axes décrits plus haut, les organisateurs du congrès se réservent le droit de privilégier les propositions qui s’y rapportent. Si les ressources le permettent, un appui financier pourrait être attribué aux chercheurs désirant participer au congrès.

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Georges Azzaria, directeur, École d’art Mathieu Devinat, professeur titulaire et président de l’AIMJ/IALM Mélanie Samson, professeure agrégée et titulaire associée de la Chaire de rédaction juridique Louis-Philippe-Pigeon

Olivier Charbonneau

Culture libre.ca est le fruit des efforts de recherche d'Olivier Charbonneau, bibliothécaire titulaire et chercheur à l'Université Concordia. Cliquez ici pour accéder directement à une brève note biographique.

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