2008 Confessions d’un blogodépendant

Version pré-édité de l’article publié ici :

Charbonneau, Olivier, 2006, «Confessions d’un blogodépendant», Argus, vol. 35, n°1, Printemps‐Été, p. 6-8

Confessions d’un blogodépendant

Le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française est un outil indispensable pour trouver les néologismes dernier cri. Ainsi, on propose « blogodépendant » pour quelqu’un « qui a un besoin compulsif de mettre à jour son blogue sur une base quotidienne et de prendre connaissance des commentaires reçus ». Il va sans dire que ces carnets ou journaux intimes virtuels ont largement dépassé le stade de la simple curiosité…

De l’anglais blog, qui provient d’une fusion des mots web log, l’OQLF propose « blogue » pour désigner ce phénomène dans la langue de Molière. Leur principale force réside dans ces applications logicielles qui permettent la mise à jour d’un site en un tournemain, facilitant la création puis la compilation de bribes d’information. Le plus souvent mis à jour quotidiennement, les billets ainsi consignés reflètent les points de vue et la personnalité de l’auteur (Lyman et Varian, 2003). Certains y voient même de nouveaux outils pour créer un Web à saveur sémantique (Dearstyne, 2005 ; Cayser, 2004).

Réel phénomène, David Sifry (2006), fondateur et directeur de l’engin de recherche de blogues Technorati (www.technorati.com), précise qu’une moyenne de 70 000 nouveaux blogues sont créés par jour et que 50 000 billets sont créés par heure! De plus, selon son engin de recherche (Technorati, 2006), il y aurait il existerait plus de 30 millions de blogues. Au début de 2005, Lee Rainie indiquait, dans un rapport du PEW Internet & American Life Project (Rainie, 2005), que 8 millions d’Américains auraient créé des blogues. Quelle fulgurante croissance pour ce mouvement de diffusion citoyen!

À l’instar du phénomène télévisuel, cet exercice de « web-réalité » constitue une sorte de conversation mondiale à la hauteur du potentiel d’Internet. Certains blogues peuvent servir toutefois à des fins professionnelles. Comme Tremblay (2006) le précise, le blogue peut être un outil de promotion pour les consultants et les journalistes puisqu’il s’agit d’une vitrine sur donnant vue sur leurs talents. Corollairement Incidemment, un blogue pourrait se spécialiser dans un domaine, que ce soit le sport ou tout autre passe-temps.

Le 26 avril 2005, je me suis moi-même lancé dans l’aventure avec mon carnet personnel, Culture Libre (http://www.culturelibre.ca/). En tant que bibliothécaire-chercheur intéressé à la question du droit d’auteur, je devais composer avec une multitude de sources d’information issues de ma veille stratégique quotidienne : nouvelles, mémoires, articles électroniques et autres réflexions se faufilaient en effet dans ma boîte de courriel sans nécessairement respecter mon horaire de recherche. D’où l’intérêt de créer un outil de consignation et de gestion de toutes ces bribes.

Pour créer un blogue, l’internaute intrépide dispose de plusieurs options. Du côté de la simplicité, il existe des services gratuits d’hébergement comme le site Blogger de la compagnie Google (http://www.blogger.com/), ou encore Bloglines (http://www.bloglines.com/). Après quelques clics, ces sites vous offrent un carnet dont l’adresse se présente sous la forme « http://votreblogueici.blogger.com/ ». Cela dit, ces services gratuits sont parfois limités du point de vue des fonctions technologiques et les contrats de licence d’utilisation imposent souvent des contraintes quant à la propriété intellectuelle des créations. Ces deux désavantages m’ont poussé à choisir d’autres options. forcé vers d’autres options, plus complexes.

C’est ainsi que débuta ma recherche d’un service d’hébergement, qui s’arrêta finalement sur les services de Webserve (www.webserve.ca). Pour environ 125 $ par an, cette compagnie de la Colombie-Britannique offre 150 MO d’espace sur le serveur, 10 adresses électroniques, l’espace suffisant pour une base de donnée MySQL et un CGI-Bin (qui permet d’opérer des scripts Web), sans oublier les frais de réservation des noms de domaine. Suivant les conseils de ce service d’hébergement, j’ai opté pour le logiciel gratuit WordPress (http://wordpress.org/), qu’on a même installé à peu de frais sur mon ordinateur. Depuis un an, je vis à l’heure de la diffusion simultanée!

WordPress, comme la majorité des logiciels pour blogues, facilite la gestion de l’information grâce à ses multiples fonctionnalités. En quelques clics de ma fidèle souris, il est possible d’ajouter un billet sans avoir à bidouiller le code HTML, et ce, de n’importe quel ordinateur connecté à Internet. L’interface de création ou de mise à jour de billets s’apparente à celle d’un logiciel de traitement de texte (voir figure 1). De plus, WordPress offre un mécanisme de recherche textuelle et d’indexation de mes billets, sans oublier le gestionnaire d’hyperliens par catégorie. Finalement, le logiciel permet la création de pages indépendantes du blogue, protégées ou en libre accès. Celles-ci peuvent servir, par exemple, de « bureau virtuel » pour des projets d’articles… Tout pour rendre le bibliothécaire en soi bien heureux !

Vraiment, ces logiciels d’application sont bien pensés pour ceux qui désirent développer leur petit coin du Web. (Il s’agit du lien avec le paragraphe précédent) Pour Culture Libre, j’ai retenu un style d’écriture plutôt sobre et j’évite les opinions, quoi que certains dirons qu’elles sont évidentes de par mes billets. Peu importe : en plus de m’offrir un outil maintenant indispensable, je suis étonné à chaque fois que j’examine les statistiques d’achalandage. En effet, vous étiez plus de 5000 à visiter Culture Libre en février 2006!

Visiter… mais pas nécessairement comme on l’entend. Puisque les blogues emploient la famille de technologies RSS, qui permettent une publication simultanée, il est fort possible qu’une grande proportion de mes lecteurs utilise un fureteur spécialisé pour les billets de blogues. RSS est un gabarit documentaire qui privilégie la structure du contenu plutôt que son aspect visuel à l’écran. Cette standardisation a permis l’éclosion de canaux alternatifs de partage de l’information, un peu comme le format MARC pour les notices bibliographiques et le protocole Z39.50. C’est ainsi que des sites comme Technorati peuvent recenser les 50 000 billets à l’heure émis par plus de 30 millions de blogues…

En fait, RSS est avant tout un gabarit de présentation de données standardisé et défini en XML (eXtensible Markup Language). Puisque XML ne définit que la structure des données, leur affichage est laissé à la volonté l’imagination du lecteur. Ce désintérêt pour l’apparence finale des données peut sembler anodin, mais il s’agit d’un immense départ des pratiques originales des webmestres (NOTE À CB : voir phrase suivante). En effet, il n’y a pas si longtemps, il était nécessaire de prévoir tous les types de fureteurs afin de peaufiner avec précision l’affichage du site grâce à HTML. Avec RSS, puisqu’il s’agit d’un langage XML (et non de HTML), le sens des données est capturé, mais leur diffusion n’est pas entravée par un souci esthétique.

D’une manière très sommaire,

“a [RSS] feed consists of a channel, with its own attributes, an image, and a number of items within the channel, each with their attributes, like this:
* Channel (Title, description, URL, creation date, etc.)
* Image
* Item (title, description, URL, etc.)
* Item (title, description, URL, etc.)
* Item (title, description, URL, etc.)” (Hammersley, 2003, p. 13)

Cet exemple nous montre que chaque document RSS contient de l’information concernant son origine (channel), voire même une image (ou icône) distinctive. De plus, il est composé d’un ou plusieurs items, les morceaux de nouvelles en question, souvent appelés fils RSS ou billets. Puisque RSS est un format de document, il faut que l’usager pose une action positive pose un geste, comme activer un pour demande les nouveaux éléments générés sur le système. Souvent, un logiciel se charge de ces tâches cléricales.

Ce nouveau paradigme de diffusion Web a permis de démultiplier l’influence des blogues. La structure représentée par la famille de standards RSS est particulièrement bien adaptée à des billets ou à des petits documents contenant des nouvelles. D’ailleurs, plusieurs quotidiens et agences de presse utilisent cette technologue pour diffuser leur contenu. Le New York Times offre ainsi aux internautes plusieurs fils RSS classés par thème. Il suffit de repérer l’adresse du lien de ce fil de nouvelles et de la copier dans le fureteur spécial RSS. Ce fureteur ira ensuite récupérer les billets pertinents pour un visionnement en différé.

Sur le plan historique, les premiers balbutiements des technologies RSS datent de la fin du 20e siècle. En plus des sites de portail tels Netscape, très populaires à l’époque, des organismes de transmission de nouvelles ont rapidement adopté cette technologie. Vint ensuite une certaine confusion quant au développement de la norme elle-même : plusieurs groupes ont tout à tour proposé des versions concurrentes de cette norme.

À l’instar du Parallèlement au foisonnement qui caractérisait Internet au tournant du millénaire, plusieurs « saveurs » de cette technologie furent développées en parallèle par différents groupes. L’acronyme RSS reflète cette compétition et désigne, successivement : Rich Site Summary (RSS 0.91), RDF Site Summary (RSS 0.9 et 1.0) ainsi que Really Simple Syndication (RSS 2.0). Par ailleurs, Atom 1.0 représente un format RSS entériné par les organismes de normalisation d’Internet. Le choix de la norme de diffusion dépendra donc de l’objectif recherché par le blogueur (pour ceux qui désirent en savoir davantage, Wikipédia (en anglais) offre une documentation intéressante sur le sujet). Malgré cela, il est étonnant de constater la popularité toujours croissante des contenus générés en RSS! (NOTE = OK, phrase déplacée)

Comment consommer des fils RSS? Plusieurs alternatives choix s’offrent à l’internaute. Avant tout, il est nécessaire d’identifier les sites dont on désire suivre le contenu. Un bon point de départ consiste à utiliser des engins de recherche qui compilent des bases de données de documents RSS. En plus de ceux présentés ci-haut, mentionnons simplement Plazoo (http://www.plazoo.com/), Feedster (http://www.feedster.com/) et Blogdigger (http://www.blogdigger.com/). Par ailleurs, plusieurs sites commerciaux offrent de la syndication RSS; il suffit alors d’être vigilant dans le repérage des icônes adéquats. On peut, par exemple, s’abonner aux mises à jour du site de la BBC (bbc.co.uk).

Une fois les sources trouvées, il est temps de choisir un moyen de combiner tout ce contenu sous une seule interface. Il existe une gamme complète d’outils hautement performants (et dispendieux) pour compiler du contenu RSS, en plus d’une variété étonnante de solutions gratuites : logiciels pour cellulaires et pour votre ordinateur, voire même des services dans Internet. Plusieurs listes de ces logiciels ou services existent, par exemple sur le site de Wikipedia (http://www.wikipedia.org/) ou de dmoz (http://dmoz.org/). Comme quoi les blogues, les fils RSS et la diffusion simultanée représentent vraiment de nouveaux paradigmes dans l’écosystème du Web.

Un dernière chose à considérer : les bibliothèques nationales à l’extérieur des États-Unis ont vivement réagi à l’initiative Google Print (maintenant Google Books). Cette guerre des octets au profit d’un Internet multilingue se limite à la numérisation de livres. Sans vouloir attaquer la pertinence de ces initiatives très intéressantes, il est navrant que nos institutions documentaires ne considèrent pas les initiatives citoyennes de diffusion simultanée dans Internet dans l’élaboration de leurs stratégies. L’internaute francophone doit se tourner, pour créer son carnet, vers des sites comme www.blogger.com (qui est justement la propriété de Google)! N’est-il pas temps de regarder quelles ressources investir afin de favoriser le foisonnement et l’essor dans un Web francophone et à saveur citoyenne ?

Bibliographie

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TREMBLAY, Jacinthe. 2006. « Le blogue, un outil de marketing de soi exigeant », La Presse, samedi 11 mars 2006, p. C2

Notes

Ce contenu a été mis à jour le 10 juin 2016 à 10 h 57 min.