2008 Crier dans le noir

Publié dans Documentaliste, Volume 46, N° 1, paru le 27 février 2009, page(s) 39

Crier dans le noir

Depuis que j’ai lancé mon carnet web en avril 2005, j’ai développé un vilain cas de bloguodépendance (1). Après toutes ces contributions, vous seriez entre 10,000 et 20,000 lecteurs de mes commentaires épistolaires virtuels, dont près de 5% en Afrique.

À l’origine, l’objectif consistait à gérer les trouvailles que généraient mes recherches sur le droit de l’information. Donc, mon carnet s’offre comme un outil de travail personnel, avant d’être un mécanisme de diffusion. On s’étonne souvent de l’attention que j’y porte. J’octroie entre quelques minutes et près de 10 heures hebdomadairement pour sa mise à jour.

En réalité, près du trois quart de ce temps est alloué à la veille stratégique pour mes champs d’intervention en tant que membre du corps professoral de l’Université Concordia. L’écriture à proprement parler, et la réflexion préalable, en constitue la balance, qui s’opère comme un investissement à long terme. Du brouillon à la sommation de billets présentés séquentiellement en ordre chronologique inversé, chacune des catégories de mon carnet s’offre comme un terrain fertile pour des projets, présentations et écrits académiques.

CultureLibre.ca me sert aussi de marque de commerce personnelle (2), de carte de visite virtuelle. On pense souvent que les blogueurs se vautrent dans une mondanité alarmante, mais je m’impose une contrainte de style où je m’efface au profit de ma ligne éditoriale, qui s’approche du journalisme. En effet, l’objectif secret lors du lancement de mon carnet visait à démontrer que les blogues sont des outils technologiques (3) avant d’épouser le message qu’ils transmettent (4). Par ailleurs, je me devais d’embrasser cet univers (5) pour l’étudier, le critiquer. Non seulement le jeu en a valu la chandelle pour moi-même, mais je me réjouis des conséquences inattendues.

On évoque souvent les commentaires versés directement dans un carnet pour mesurer sa notoriété. Je n’en reçois que très peu malgré mes statistiques de lectorat, probablement car j’abhorre les diatribes et surtout, puisque j’affiche mes opinions par la sélection des nouvelles qui retiennent mon attention et que ces opinions sont manifestement partagées par notre communauté professionnelle.

Mais l’impact réel de mon carnet se mesure par les courriels et les appels téléphoniques que je reçois, surtout des questions de collègues mais parfois des invitations pour prononcer des conférences. Pas qu’ils soient particulièrement nombreux, mais ils démontrent que mes efforts sont porteurs d’autorité dans un contexte convivial. Par exemple, la Biennale d’art contemporain 2009 de Montréal m’a invité à collaborer à son colloque d’ouverture, car leur thème est justement «Culture Libre» (6). Sans l’ombre d’un doute, ils confirment que ce blogueur ne crie pas dans le noir !

(1) Charbonneau, Olivier, 2006, «Confessions d’un blogodépendant», Argus, vol. 35, n°1, Printemps‐Été, p. 6-8 http://www.culturelibre.ca/?page_id=1269
(2) Peters, Tom, 1997, «The Brand Called You», Fast Company, http://www.fastcompany.com/magazine/10/brandyou.html
(3) Charbonneau, Olivier, 2006, «RSS et la publication simultanée sur Internet», Lex Electronica, vol. 11, n°1, Printemps/Spring, http ://www.lex-electronica.org/articles/v11-1/charbonneau.htm
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Marshall_McLuhan
(5) Technorati, 2008, State of the Blogosphere, http://www.technorati.com/blogging/state-of-the-blogosphere/
(6) http://www.biennalemontreal.org/2008/05/26/open-culture/langswitch_lang/fr/

Ce contenu a été mis à jour le 10 juin 2016 à 10 h 57 min.