Étapes de la recherche, cadre conceptuel, hypothèse, cadre opératoire

Voici un retour sur certaines notes de cours concernant des explorations méthodologiques, particulièrement en ce qui concerne les étapes à suivre en ce qui concerne la méthode académique en sciences sociales et comment elle s’applique au domaine juridique. Nous en profitons pour consigner celles-ci, augmentés d’autres éléments discutés dans les cours précédents (surtout les notes du cours du 22 février dernier) que nous n’avons pas encore inscrit dans ce carnet. Le but de l’exercice est de récupérer les éléments pertinents à mon projet de thèse (et de pouvoir mettre mes originaux papier dans le recyclage). Désolé si ce billet semble désordonné !

Un énorme MERCI à la professeure Louise Rolland pour sa contribution indéniable à l’évolution du projet de cet humble candidat au doctorat !

Les recherches en droit opère dans un continuum qui se joue entre le pôle interne au droit, le positivisme, ou externe au droit par l’anthropologie, la sociologie, la politique, etc. Le chercheur peut se positionner d’un côté ou de l’autre de ces pôles, mais il doit se justifier (surtout dans le contexte d’une thèse de doctorat). Par ailleurs, une approche dite mixte est possible, comme par exemple l’analyse économique du droit.

Le projet de thèse débute avec un thème de départ et se développer grâce à la phase d’élaboration du projet, comme le précisent Mace et Pétry. L’élaboration du projet se décompose en deux phases: la conceptualisation (réflexion autour d’un problème à résoudre qui découle d’un écart entre la réalité observée et un objectif à atteindre) puis l’opérationalisation (la «réalisation» de la recherche). En fait, le problème s’articule grâce à une théorisation ou un «cadre théorique» dans laquelle s’inscrit éventuellement une hypothèse et des objectifs qui visent la solution (ou le dénouement de la recherche).

Dans l’élaboration, il est essentiel de faire des choix (et de les respecter!) pour arriver à bout de notre projet. En effet, il faut (1) choisir un problème et l’articuler avec précision ; (2) formuler le problème et surtout, des questions générales et spécifiques de recherche ; (3) définir des objectifs de recherche ; (4) positionner le projet sur l’état des connaissances ; (5) clarifier le bagage conceptuel (le cadre conceptuel) ; et (6) préciser les ambitions et surtout les limites du projet.

Par ailleurs, «une thèse, ce n’est pas un essai». L’essai est un amalgame de thèses, de théories, proposées par un auteur pour explorer un sujet d’une manière qui lui est propre. Un essai peut être original (comme une thèse d’ailleurs), mais la rigueur académique n’est pas nécessairement à la rencontre (pas que la rigueur soit exclue de l’essai, mais il y a plus de latitude). Souvent, l’essai est teinté d’un choix politique ou une position morale sur une question. Il faut absolument éviter cette perspective dans la thèse. La cohérence et la rigueur sont les assises de la thèse. C’est d’ailleurs pourquoi il y a beaucoup de références ou notes de bas de page dans une thèse.

Afin de présenter quelques exemples de cadres conceptuels, la professeure Rolland présente quelques entrées du Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, surtout les concepts d’«Interprétation» par Arnaud et celui de «Validité» par Ost/de Kerchove (p. 243 et suivantes du 1er tome du recueil). Au sujet de la validité, les auteurs offrent l’hypothèse que la validité s’articule en trois aspects, la validité formelle (qui offre le concept de légalité), la validité empirique (pour l’effectivité) et la validité axiologique (donc, légitimité). Il est souvent très pertinent de représenter le cadre conceptuels présentés dans nos lectures en graphiques («topic/concept map»).

Ensuite, il est essentiel de poser une hypothèse et/ou des objectifs de recherche. L’hypothèse, qui constitue une approche classique, est une «petite» (hypo) thèse, celle que l’on approche en amont. Il s’agit d’une tentative d’explication, une réponse anticipée ou de prédiction de phénomène de réalité découlant de notre cadre d’analyse, qui est quand même plausible. Elle s’articule en expression affirmative, qui emploie les concepts de son cadre conceptuel. Dans le contexte hypothético-déductif, la thèse est la somme de l’hypothèse et de la preuve.

Les objectifs de recherche sont la formulation de notre intention de recherche. Ils permettent de décrire ou de comparer.

Par ailleurs, l’hypothèse peut établir une relation entre deux faits, entre deux concepts ou entre un fait et un concept que l’on doit valider. Le lien de relation peut être la causalité, une liaison associative (implication, cause-effet), une finalité (moyen-fin), dialectique (thèse, antithèse, synthèse). Il faut décortiquer son/ses hypothèses pour en établir le cadre opératoire de la preuve que nous désirons effectuer.

Les concepts sont des abstractions de la réalité basés sur un langage précis. Ils doivent comprendre tous les attributs essentiels pour ne classe d’objets aux propriétés communes. C’est en dressant le cadre conceptuel que l’on peut décortiquer notre hypothèses en variables. Ces variables sont ensuite utilisées et analysés grâce à notre cadre opératoire (lequel contient, entre autres, le cadre d’analyse). Nous partons donc du référent (cadre conceptuel) pour aller vers la réalité (cadre opératoire).

Le cadre opératoire devient ainsi un approfondissement du cadre conceptuel, en lien avec les variables à étudier.

BIBLIOGRAPHIE

Dictionnaire encyclopédique de théorie et de sociologie du droit, sous la direction de André-Jean Arnaud, et de J.-G. Belley, [et al.], 2e éd., Paris : Librairie générale de droit et de jurisprudence, c1993. («Interprétation» par Arnaud ; «Validité» par Ost/de Kerchove) [ce volume est disponible dans la salle des doctorants de la Bibliothèque de droit de l’Université de Montréal]

Gordon MACE et François PÉTRY, Guide d’élaboration d’un projet de recherche, 3e éd., Québec, P.U.L., 2000

Ce contenu a été mis à jour le 10 mars 2010 à 15 h 30 min.

Commentaires

12 commentaires pour “Étapes de la recherche, cadre conceptuel, hypothèse, cadre opératoire”

camara

4 décembre 2016 à 9 h 01 min

je suis vraiment satisfaire .

nacera

21 août 2017 à 9 h 34 min

à propos des hypothèses. Est ce la formulation de celles-ci est obligatoire ou bien on pourra plutôt énumérer les objectifs de notre recherche. Merci d’avance

    Olivier Charbonneau

    23 août 2017 à 11 h 52 min

    Bonjour,

    Merci pour votre question, que je trouve très pertinente. La réponse spontanée serait simplement que la recherche par objectifs est une avenue possible de la recherche universitaire. En fait, tout dépend de votre discipline scientifique et des justifications de ce choix.

    Dans un premier temps, certaines disciplines scientifiques imposent une approche hypothético-déductive – surtout les sciences dures comme la biologie ou la physique. Il s’agit de la doxa et il est difficile de s’y détacher. D’autres disciplines sont plus accomodantes à des approches théoriques ou méthodologiques hétérodoxes. Parfois, il est difficile, voire impossible, d’isoler toutes les variables d’une situation dans un modèle qui permet de théoriser un phénomène à partir du cadre hypothético-déductif. Ce fut le cas dans mon projet doctoral: je n’ai pas pu prétendre qu’une variable X de ma situation à l’étude avait un impact sur une variable Y. J’ai procédé par objectifs plutôt que par hypothèse. En droit, dans la communauté de chercheurs dans laquelle je travaille (ma fac), la recherche par objectifs est une possibilité. Les approches disciplinaires sont un moyen pour comprendre le recours à l’hypothèse ou à l’objectif.

    Ceci dit, le choix entre le cadre hypothético-déductif ou celui par objectif n’est pas hermétique. Il serait possible de choisir les deux approches: j’ai une hypothèse et j’ai des objectifs.

    En plus des approches inhérentes aux disciplines scientifiques, un autre facteur à considérer sont vos justifications pour expliquer votre choix. Vous songez à une approche par objectifs. Soit. Mais pourquoi? Dans l’introduction de ma thèse, j’explique pourquoi je ne peux pas procéder par hypothèse et je préfère retenir une approche par objectifs de recherche (par exemple: mon phénomène est en émergence, il y a trop de variables à contrôler, mon approche est novatice car elle théorise un phénomène selon une nouvelle perspective). En plus des doxas disciplinaires, votre capacité à motiver votre choix de l’une ou l’autre approche dictera votre capacité à réussir votre projet de recherche (et à le faire accepter par la communauté scientifique).

IBRAHIM MAMANE

26 septembre 2017 à 4 h 36 min

Cher Professeur,
Je vous remercie pour cet instrument lucide qui pour moi est d’une importance capitale. J’aimerai néanmoins vous poser une question non détachable de ce que vous avez écrit. Celle-ci consiste à savoir quels sont les différents axes d’un projet de recherche en droit notamment pour faire une thèse, il arrive que le Prof ou les institutions de financement demandent le projet de thèse. Merci

    Olivier Charbonneau

    28 septembre 2017 à 9 h 43 min

    Bonjour! Merci pour votre question – je cogite depuis quelques jours tant je l’apprécie. Je me demande si vous pourriez svp élaborer sur ce que vous entendez par « axes » ? Par cela, parlez vous du fond – ou sujet – de la thèse ? J’ai plutôt le réflexe de discuter de la forme que doit prendre le projet de thèse, surtout dans la recette « usuelle » académique:
    Question générale de recherche
    Questions spécifiques
    Revue de littérature: Cadre théorique et conceptuel
    Hypothèse ou objectifs de recherche
    Méthode
    Résultats
    Analyse
    Conclusion

    Je crois que ce que vous entendez par « axe » reflète la sélection de votre/vos cadre(s) théoriques et conceptuels ansi que de votre méthode… est-ce bien cela?

BESSO Ernest MAHAMAT

1 octobre 2017 à 5 h 32 min

Je suis entrain de faire une recherche sur la gestion des intrants nutritionnels au Burkina Faso pour mon memoire en fin de formation de Master en Nutrition et je n’arrive pas à élaborer une cadre conceptuel.
Si vous pouvez m’appuyer sur l’elaboration de mon cadre logistique. Mon theme est l’Analyse du systeme de gestion des intrants nutritionnels du protocole de prise en charge de la malnutrition aigue severe des enfants

    Olivier Charbonneau

    25 octobre 2017 à 9 h 55 min

    Bonjour, Je ne suis malheureusement pas en mesure de vous assister dans votre démarche – les thèmes, concepts et méthodes de la nutrition me sont étrangers… Désolé! (ceci dit, il est parfois judicieux de réfléchir aux jeux de données dont vous avez besoin pour effectuer votre recherche. Si aucune source gouvernementale (ou autre) existe, vous allez devoir en obtenir vous mème….)

Michael

12 décembre 2017 à 8 h 51 min

Bonjour professeur,
je suis en train d’écrire un mémoire axé sur la criminalité économique en RDC soulevant le probleme de blanchiments des capitaux. je souhaiterai avoir un éclaircissement sur le « cadre de reference » comme demarche méthodologique. Merci

    Olivier Charbonneau

    12 décembre 2017 à 15 h 30 min

    Bonjour,
    Habituellement, le cadre de référence consiste à déclarer quel cadre théorique et conceptuel nous employons pour articuler les variables de nos hypothèses ou objectifs de recherche. Le but de cet exercice est de déclarer formellement dans quelle perspective, théorie ou mouvement intellectuel vous vous inscrivez. Cet exercice vous permet de circonscrir la revue de litérature et étayer votre méthodologie. En réalité, il s’agit simplement de préciser quel courant intellectuel vous allez suivre puis comment vous allez bâtir votre argumentaire. Dans certaines disciplines, cet exercice représente une formalité. Dans d’autres (surtout les sciences humaines et sociales), cet exercice revêt un caractère structurant pour l’exercice intellectuel de la thèse ou du mémoire.

      Michael

      15 décembre 2017 à 7 h 14 min

      Merci pour cet éclaircissement.
      dans cette meme ordre d’idée je souhaiterai avoir un peu de lumière en ce qui concerne « L’état de la question ». Merci

Daphney

31 décembre 2017 à 2 h 06 min

Bonsoir!
Actuellement je prepare mon memoire sur l’archeologie et le patrimoine historique, dois-je elaborer un cadre theorique ou conceptuel? D’abord, est-ce qu’il en existe une difference? si oui, comment proceder? merci!

    Olivier Charbonneau

    9 janvier 2018 à 9 h 39 min

    Bonjour,

    Merci pour votre question. En général, le cadre théorique consiste à identifier, décrire et incorporer à son projet de recherche les théories, idées ou écoles de pensées que nous avons retenues pour notre projet de recherche. Éventuellement, il est possible de nuancer ou critiquer les autres cadres théoriques que nous avons écarté. Le cadre conceptuel, quant à lui, désigne les mots – et surtout – leur sens précis en fonction des théories choisies que nous désirons employer dans notre projet de recherche. Déclarer son(ses) cadre(s) théorique(s) est l’étape préalable à préciser son cadre conceptuel, le premier ayant un impact majeur sur le second. Ainsi, le projet de recherche s’ancre dans les idées (cadre théorique) dont découle des mots (cadre conceptual) pour articuler ses hypothèses ou ses objectifs de recherche.

    Ceci dit, il convient d’adapter la règle générale précédente (idées/mots) pour votre discipline. Parfois, le choix d’une théorie et de ses concepts s’impose et nécessite peu de commentaires selon les disciplines.

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